L’affaire Cahuzac qui secoue le monde politique est l’arbre qui cache la forêt d’un système à bout de souffle. Avec ce triste épisode, on est dans un séisme politique dont on on imagine pas encore où l’onde de choc s’arrêtera… Bien évidemment, il est largué par les siens (voire sacrifié pour limiter la casse) et lynchés par les autres, mais c’est toute la classe politique qui est éclaboussée. En attendant, il va falloir «ramer» pour redorer le blason des élus. On va nous reparler de la moralisation de la politique, mais au final que restera-t-il une fois le rush médiatique calmé ?
Nous ne sommes pas dans un pays avec une culture de transparence. Et ce n’est pas réservé qu’à la classe politique… En Europe, nous sommes les seuls (avec l’Estonie) où les déclarations de patrimoine des parlementaires ne sont pas publiques. Une opacité à tous les échelons. Allez dans votre mairie et demandez le montant des indemnités ou les frais divers de votre Maire, vous verrez la réaction… En Suède, on peut consulter sur place tous les documents (et aussi les revenus et les impositions des particuliers…).
Plutôt que de faire des effets d’annonce, Monsieur le Président, commencez à mettre en œuvre vos promesses sur le sujet et notamment la loi sur le cumul des mandats. Est-ce que votre majorité aura le courage de voter cette loi ? Les députés et sénateurs sont réservés (à droite aussi…). Pour rappel, la loi prévoit qu’un député ou un sénateur ne puisse plus, en plus de son mandat de parlementaire, exercer un mandat dans un exécutif local. Concrètement, cela signifie qu'il ne pourra plus être à la fois député ou sénateur et, en même temps, maire, maire-adjoint, président ou vice-président de conseil régional, de conseil général ou d'intercommunalité. En revanche, il pourra avoir un mandat local non-exécutif, et donc être conseiller municipal, conseiller général ou conseiller régional. Rien de choquant !
On parle maintenant d’une application en 2017 sur l’autel du risque de se faire censurer pas le Conseil Constitutionnel. Pourquoi ? Selon le gouvernement, changer les règles du jeu en cours de partie, c'est risquer de remettre en cause la sincérité du scrutin 2012. En clair, les députés ont été élus en juin 2012 et à l'époque, les électeurs ne savaient pas qu’ils seraient obligés d’abandonner un mandat en cours de route. On se moque de qui ? On se pose la question des conseillers généraux et régionaux pour lesquels la loi en cours repousse le renouvellement à 2015 (au lieu de 2014). Les électeurs leurs ont confié un mandat de 3 ans et pas 4. Elle est où la sincérité du scrutin ?...
Pour en revenir au cumul des mandats, on ne va pas assez loin. On ne règle pas le cumul dans le temps, machine à produire une baronnie qui bloque le système pendant des décennies (lire ici). Ils vont vous dire, qu’ils travaillent bien, qu’ils sont les meilleurs et irremplaçables, qu’ils défendent leur territoire etc… Bref ce n'est pas pour demain...
En attendant, si on veut montrer un signe qui va dans le sens de la moralisation, commencez au-moins à mettre en place la loi des cumuls de mandat. En 2017, il sera trop tard…
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